Synthèse d Arcadyl Gernal sur Herongas.
Livre des sables du néant II
(manuscrit illisible pour moitié, retrouvé dans le laboratoire de Gernal.
Chapitre XVI
“De ceux qui furent premiers mais qui ne le savent plus”
« Les premiers… ah, les premiers…
Ce mot n’a pas de bord. Il tourne. Il se mord.
Je croyais, en suivant Eskeinzern, qu’il y eut un commencement net, un pilier, un socle — mais les Mahamets ont ri. Ils ont dit que même Athnas ne se souvenait pas entièrement de son premier geste.
Pourtant quelque chose brille dans l’oubli.
On raconte que le tout premier fut fait du cœur même d’Athnas, un éclat nommé Sephaloria, dont le souffle mortel brûla jusqu’à faire éclore le plan du Feu. Mais ce n’est pas lui qui marcha. Non. Le premier à fouler le disque d’Eldûm fut Herongas, et même cette vérité, disent les démons, n’est qu’une moitié.
Herongas, modèle sans modèle, façonné pour être imité mais n’imitant rien, créature de milinne où la lumière s’incline comme pour se reconnaître elle-même.
À son ombre naquit Dermenos — mais peut-on parler de naissance ?
Les Mahamets m’ont dit qu il fut sculpté dans l’absence d Herongas, mais ils sont tous fous”
Je ne comprends pas. Alorsje dois coucher sur le papier ma pensée. J’écris.
Kaleas. Le grand Kaleas, l honorable et le vertueux. Le missionnaire vint ensuite, défenseur tiré du souffle d’Athnas. Il brille encore dans ma mémoire comme une lame que je n’ai jamais tenue mais je sais qu elle se cache sur Daorn.
Et puis l amour sans faille, sans fin, divisée sans le prévoir, dispersée dans ses propres gestes, oubliant et retrouvant, selon des volontés qui dépassent l’entendement. Le prince m a soufflé qu elle ne se souvient jamais d’elle-même mais porte l’amour comme d’autres portent une arme.La beauté existe bien chez les démons. Le cynisme est-il vertueux ?
Je me moque de ses miroir qui m agressent à la porte de mon esprit. Il sont noirs, ooaques et manquent cruellement de goût. Est-ce moi ou cette personne qui fait de moi une femme ? Le pouvoir n attend pas. Il rôde et je le saisit pur et essentiel. Je sais que les premiers Athnasiens ne marchaient pas : ils oscillaient. Ils n’étaient pas un peuple : ils étaient un accord car Slilkult les a chantés avant meme la naissance de l invisible. C’est une melodie qui navigue sur les fleuves de laves de la guerre. Je connais cet autre larve du ciel, Rojù… Ah, Rojù… lui seul comprit que bâtir une cité revenait à bâtir une pensée.
On dit qu’il construisit Garao Dôm, Eldûm et Gretheth en suivant trois états de la création : le rêve, l’ordre, la fracture. Je pense les visiter.
Ce sont les mots des morts, pas les miens, mais j avoue qu ils me plaisent
On croit que la chute commence avec Goerick, le froid, le loyal devenu rebelle, l’amoureux devenu flamme inversée.
Mais non. La chute était déjà dans les premiers.
Les démons me l’ont soufflé :
“Tout ce qui est créé porte en lui sa rupture.”
Je ne devrais pas les écouter.
Pourtant leurs mots éclairent là où les tablettes se taisent.
Herongas, dit-on, portait la milinne pure. Mais la milinne n’est pas une matière, non. C’est une intention. Une idée figée. Quand une idée se fige, elle craque. L ai je déjà dis ?
Dermenos, le premier après le premier, reçut l’équilibre d’Herongas, mais il reçut aussi son manque, sa faille, l erreur transmise a l extinction de Sephaloria. Les fleuves démontrent mais ne se trompent. Sans cela, pourquoi aurait-il porté le corps de son ami si loin des fleuves d’Eldûm sur une terre désolée, emprisonnée par définition ?
Comme je le cris, Kaleas, brillait trop. Sa flamme intimidaient les Mahamets qui disaient que ce qui brille appelle la rancœur froide autant que la chaleur de la colère. Goerick n’a pas été corrompu : il a simplement entendu ces fleuves.
Aktafal… vous le protecteur des rêves… Vous m’avez parlé dans un songe. Il m’a dit que les premiers Athnasiens se sont effondrés parce que des démons les poussèrent. Je n y crois pas ! Mais vous en souciez vous Maitre ?!
“Vous appelez chute ce qui n’est qu’un retour au commencement. A la première trahison, je l ai compris.”
J’en tremble encore.
Rojù le bâtisseur l’avait compris lui aussi. Il tenta de soigner Goerick comme on répare une cité, pierre après pierre. Il échoua. On ne soigne pas une faille qui est née avant la pierre.
Alors, je me demande si les premiers se sont brisés parce qu’ils contenaient déjà la faille… Que contiennent les suivants ?
Je n’entends plus Eskeinzern… Maitre !
Est-ce lui qui s’éloigne, ou moi qui glisse ?
Je ne devrais pas les écouter. Pourtant, leurs mots éclairent là où les tablettes se taisent.
Herongas, dit-on, portait la milinne pure. Mais la milinne n’est pas une matière, si? C’est une intention, la premiere melodie. Une philosophie. MON ESPRIT se fissure.
Dermenos, le premier après le premier, reçut l’équilibre d’Herongas, mais il reçut aussi son manque. Sa nostalgie. Sans cela, pourquoi aurait-il porté le corps de son ami si loin des huot fleuves d’Eldûm ?
Ah si belle… Elle était trois : amour, oubli, et ce qui naît quand l’un des deux se brise. Les autres ne sont qu ombres….
L ai-je deja vecu ou ecrit. Parfois, je vois mon corps dans un tumultes de livres, ecrits avec tout ce qui peut servir. Suis je perdu?!
Dois-je poursuive le Livre des Sables Tordus ?
Lorsque les jours étaient encore neufs et que le disque d’Eldûm brillait au-dessus des plans, Athnas façonna de la pierre de Milinne. Ou fut-elle façonnée à partir d elle ? Fascinante créature qui créa Herongas, que les premiers gardiens nommèrent le Modèle.
Sa démarche dessinait l’équilibre, et son silence enseignait davantage que les mots. On dit qu’à son passage les huit fleuves prenaient une teinte plus claire, comme si l’eau se souvenait de lui.
Dermenos, venu après lui, apprit à ses côtés. L’un observait, l’autre montrait : telle fut l’école première.
Ces mots ne plus de moi mais je vois clair dans leur jeu.
Ils parcouraient les bordures du disque.
Mon corps doit survivre alors je vais emprunter une autre voie mon maitre. Pardonnez mes erreurs car elles seront nombreuses. Les harmonies d’Athnasiens en soient témoins, je saurai tisser dans les pierres, les runes nécessaires à mon ascension vers ce savoir caché. Garao Dôm est la clé !
Mais Herongas tomba. Nul chant n’évoque comment il fut vaincu, seulement qu’il offrit sa présence comme on offre une digue aux premières vagues. Sa dépouille…
Après sa chute, Dermenos porta longtemps son ami. Les tablettes maudites ne disent pas où il le mena. Elles murmurent et j’en perd patience depuis si longtemps. Ce fou du prélude chercha un lieu où l’eau coule avec justesse, où les voix des mondes s’apaisent, dans une ultime retraite … Là, il laissa Herongas reposer. Aidez moi, Princes ingrats !
Les anciens du Sten écrivent ceci :
“Il est des eaux qui portent la mémoire de ce qu’elles ont touché »
Je suis si proche.


